L'oeil du souffleur de verre

Perdre un oeil constitue un traumatisme profond. Que ce soit par accident ou la conséquence d’une maladie, peu importe; la relation qu’entretient la personne touchée avec le monde qui l’entoure s’en trouve à jamais altérée. Au handicap physique s’ajoute le regard des autres, souvent lourd à porter. L’art de l’oculariste consiste alors à réaliser un trompe-l’oeil, parfaite illusion de verre soufflé, et ainsi rendre à ses patients leur dignité.

A peine installé à son établi, Matthias Buckel allume le chalumeau fixé devant lui et règle la flamme d’un geste précis. En ce matin d’hiver, seul le léger sifflement du gaz se fait entendre dans l’atelier parfaitement calme de l’oculariste, baigné d’une douce lumière naturelle. Sur le plan de travail, quelques pinces rudimentaires côtoient une multitude de baguettes de verre coloré. Matthias Buckel saisit un tube opaque, le porte dans la flamme bleutée du chalumeau tout en le faisant tourner rapidement sur lui-même.

C’est le début d’un ballet millimétré d’une heure et demi lors duquel une prothèse oculaire sur mesure va progressivement voir le jour. Mais pour comprendre l’origine de ce savoir-faire rare, il faut remonter au milieu du 19e siècle. La petite ville allemande de Lauscha, en Thuringe, abrite alors une verrerie unique au monde. Sa particularité? Elle développe et produit une gamme de verres destinés à l’élaboration de prothèses pour ceux qui ont perdu un oeil. Petit à petit, des artisans locaux vont développer un savoir-faire spécifique à partir de ce matériau rare, leur permettant d’exporter loin à la ronde le fruit de leur travail.

Contrairement aux prothèses oculaires standardisées proposées initialement, la réalisation de solutions sur mesure nécessite de rencontrer chaque patient. C’est ainsi que certains artisans quittent l’Allemagne pour s’établir dans les pays limitrophes et y développer de nouveaux marchés. Ernst Greiner, grand-oncle de Matthias Buckel, en fait partie et fonde en 1896 à Genève son cabinet d’oculariste. Il l’ignore, mais c’est là le début d’une longue tradition familiale. Son neveu Werner Buckel lui succède en effet dès 1953, ce dernier laissant en 1985 le soin à son fils Matthias de reprendre le flambeau. Et depuis 2014, ce dernier transmet son savoir à ses filles Milena et Marina…

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